28/03/2018 - 23/09/2018

Le château de Rambouillet, situé en périphérie d’un vaste espace boisé et giboyeux, n’a cessé de stimuler l’intérêt des chasseurs. Les rois, puis les empereurs et les présidents de la République, en ont très vite pris possession, l’exercice de la chasse y étant marqué par un caractère protocolaire, un faste et un cérémonial contribuant à la manifestation du pouvoir. La faisanderie élevait une immense quantité d’animaux  : faisans, perdrix, chevreuils, lièvres et lapins. Napoléon 1er invitait souvent des souverains et des princes étrangers à ses brillants rendez-vous de chasse, avant de devenir lui-même le gibier en juin 1815, après la défaite de Waterloo. 

C’est dans ce lieu où le rapport au sauvage, à la violence, qui fut parfois extrême, liée à la mort de l’animal, fut encadré par un décorum hautement culturel, que Julien Salaud renverse la donne en faisant entrer l’animal sauvage interdit au château en lui offrant tout un protocole de décorations. Le ton est donné avec une tente érigée en l’honneur du loup, l’animal que l’on ne mange pas et qui défie les chasseurs. Dans le salon Méridien, Apocalyptica / Chasse nouvelle / Naturotica, mosaïque de petites pièces de laine, tissu, fils de coton, perles de rocaille, fourrure, cuir et strass, est une œuvre communautaire poétique réalisée et installée avec une quarantaine de volontaires qui y ont chacun exprimé leur idée de la forêt. Une multitude d’objets associent la feuille de chêne, la toile d’araignée et l’araignée elle-même, le papillon, l’oiseau, les écorces, dans un vaste puzzle multicolore en avant duquel figure un loup en habit d’apparat monté sur un cheval. 

Parmi les trois yourtes présentées dans les salons en enfilade, on retrouve Nuit étoilée (Mont aux merveilles) déjà présentée au château de Cadilllac, un «  abri  » recouvert de peaux de chevreuil et de disques de perles de rocaille. Le public est invité à découvrir un monde inhabituel, une grotte mystérieuse où les artifices de la lumière dévoilent un curieux décor pariétal fluorescent dessiné au fil. Les animaux évoluent dans un paysage éclairé par les astres. Dans un autre igloo de même taille, Nuit étoilée (Mont à la chevrette), le dense habillage de peaux de mouton noir dissimule une taxidermie de chevrette au corps piqueté de fils fluorescents. À contrario de l’installation dans le salon Méridien, la tente Mont aux Merveilles (Chasse aux chimères), récemment réalisée et d’esprit plus personnel, abrite un manège garni de tout l’héritage en miniature de l’artiste et de ses coups de coeur. Le boudoir qui ferme ce premier parcours est investi par le Printemps (cerfaure) (2014) dont la stature développe un corps de cerf à un stade allégorique et de monument public.

Dans l’antichambre de l’appartement de l’Empereur devenue un étrange bestiaire, certains animaux prennent, à l’instar de ceux des «  Fables  » de la photographe Karen Knorr, plus ou moins sagement la pose sur un tapis, un canapé ou une cheminée, comme des habitants coutumiers du lieu. On y découvre, entre autres, une chouette effraie, une corneille noire, un lapin de garenne et un chevreuil, réalisés en simple taxidermie. Mais avec Julien Salaud, le fantastique et l’ornemental ne sont jamais loin. En témoignent les splendides Chevraisan, Renardaisane et Faisanglier dont les noms impliquent d’étranges mutations associées aux mythes primitifs entre terrestre et aérien, conjonction de poils et de plumes, et sur lesquels l’humain n’aurait aucun pouvoir. La sculpture androgyne Bergère des chevrettes I reste impassible. C’est – sans hasard – que le Cavalion de l’Apocalypse parade dans la Chambre de l’Empereur, attirant à lui tous les regards, avec un lion, la gueule bien ouverte. L’Apocalypse est une appellation à multiples sens, à la fois celle de révélation, d’ordre obscur et de fin du monde.  Le lion, roi de la jungle, et son cavalier s’associent les attributs des plumes à l’indienne pour peut-être évoquer les grands éloignés de la civilisation occidentale.

À voir aussi, dans la salle de bains de l’Empereur, la vidéo Danse avec mes tripes ! qui peut évoquer sous forme de danse l’injonction finale de l’artiste à faire corps avec l’eau, en connexion malgré les apparences avec la peau de poisson séché tenue fermement par le cavalier de l’Apocalypse, en pleine méditation…

Commissariat : Claude d’Anthenaise

Exposition « Natures Sauvages II » de Julien Salaud 
28 Mars – 23 Septembre 2018
Chateau de Rambouillet, 78120 Rambouillet
Plus d’informations sur : http://www.chateau-rambouillet.fr




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