03/02/2018 - 27/05/2018

Le bruissement du vent, un battement d’aile, des surfaces vibrantes, une carapace chatoyante, des rayons de lumière… force et fragilité de la nature. Comment les artistes réfléchissent-ils l’environnement naturel et ses phénomènes et de quels méthodes et matériaux se servent-ils pour donner forme à de nouvelles natures, dans l’art, au-delà des représentations et projections romantiques de la nature? Et comment l’observation de l’art peut-elle à son tour modifier notre propre regard sur l’environnement?

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Associant des techniques de l’estampe et des collages, la série Natural History Part I – Mushrooms de Cy Twombly rassemble des illustrations botaniques, des tableaux, des photos, des étiquettes, des gammes de couleurs, du papier millimétré, ainsi que les dessins et l’écriture automatique caractéristiques de l’artiste. Des histoires mythologiques comme Léda et le cygne sont citées, de même que les formes de la nature adoptées par l’homme. Des objets phalliques rappellent des fusées et des champignons deviennent champignons atomiques. Les collages semblent mis en vrac, assemblés par hasard et sont pourtant composés avec soin. Un univers pseudo-scientifique s’ouvre, dans lequel des influences de la psychanalyse et du primitivisme deviennent visibles et l’histoire de la nature s’associe à l’histoire de la civilisation.

Devant l’œuvre Aile de Faucon de  Москва Измайлово Восточное купить Героин в камнях Balthasar Burkhard, on peut se demander quelle est au juste la dimension d’une aile de faucon. Ce travail allie la monumentalité et la fascination pour le détail et rend visible la fragilité et la perfection de la nature. Les ailes sont des petits miracles de la nature, des objets délicats qui défient les lois de la pesanteur et dans les plumes desquelles la fonctionnalité se concilie avec la beauté.

Un paysage monochrome avec des cratères apparaît dans le photogramme de  Pierre Savatier qui rappelle, au premier abord, des clichés scientifiques de planètes et de lunes. Le titre Gouttes d‘eau brise l’illusion et dévoile le processus de création qui devient l’objet même de l’oeuvre. Les photogrammes naissent directement sur le papier photosensible, sans appareil photo. L’observation, l’expérimentation, le perfectionnement et le développement de cette technique caractérisent la création de l’artiste.

Dans l’œuvre Fourmi-lion de Richard Monnier, le processus de fabrication devient également le thème du travail. La forme de sable et de verre n’est pas conçue puis construite, mais découle du processus de création. La forme en cône, simple et fréquente dans la nature, fait penser aux volcans et évoque le feu et les énergies qui ont présidé à la naissance de l’œuvre.

Le travail de Marc Couturier ne se constitue que dans l’interaction entre espace et observateur. L’œuvre joue de l’harmonie des contraires : un matériau lourd et ancré au sol comme le bois, est recouvert d’une fine feuille d’or. Une apesanteur transcendante contraste avec masse et gravitation, la visibilité avec l’invisibilité, la volatilité avec la présence. Inspirés des traînées de nuages visibles seulement brièvement au soleil couchant, la vitesse d’exécution et le processus artistique ininterrompu sont primordiaux dans ce travail1.

Dans le tableau Tache solaire de Nathalie Talec on observe l’intérêt de l’artiste pour les sciences naturelles, les phénomènes météorologiques et la température. Talec, qui travaille avec les médiums les plus divers, de la performance à l’architecture, pose des taches de couleur, aux nuances rouges et jaunes sur la toile, à la fois abstraites et figuratives. Grâce aux publications scientifiques, ces images ont un air de déjà-vu. Ce sont des phénomènes que nous ne pouvons observer nous-mêmes que de très loin et qui restent énigmatiques malgré toutes les recherches à leur sujet.

La toile de Damien Cadio montre également un sujet que nous ne pouvons pas observer par nous-même. Dans sa précision, ce travail rappelle des clichés médicaux à haute résolution et brise finalement l’illusion. Ce que nous prenons de prime abord pour des artères, des vaisseaux et de la chair, devient couleur, lignes, surfaces en mouvement. Agrandi considérablement, isolé et seulement entouré d’une sorte d’auréole, le moteur qui nous maintient en vie, semble être une planète. De la même manière que chez Burkhard, la force et la fragilité de la vie se montrent ici, absolument sans romantisme, à la fois monumentales et détaillées.

La fascination pour la matière vivante, la corporalité et la richesse de détails se retrouve également dans le travail de Jan Fabre. Une accumulation verticale de scarabées chatoyants (morts), motif récurrent chez l’artiste, s’achève au sommet avec un sacrum humain. Pour Jan Fabre, les scarabées et insectes sont la mémoire de la terre, des espèces qui, petites et capables de s’adapter, vivaient ici longtemps avant l’Homme.2 La métamorphose est un thème essentiel chez Jan Fabre qui s’intéresse de manière interdisciplinaire, en tant qu’artiste plasticien, auteur de théâtre et metteur en scène, au colonialisme, au corps, au temps et à l’interaction entre la vie humaine et animale. L’œuvre permet des associations historico-culturelles très variées. Elle rappelle les tableaux des maîtres flamands de la fin du moyen-âge et leur fascination pour le détail, la fidélité dans la représentation des surfaces, des plantes et animaux, ainsi que les symboles de vanités dans la peinture baroque. La forme et le matériau, quant à eux, créent un lien entre les objets cultuels et les trophées, et le lien entre le coléoptère et l’humain est connu en littérature par la nouvelle La Métamorphose de Franz Kafka.

Carsten Nicolai adopte une approche interdisciplinaire. Il agit non seulement dans le domaine des arts plastiques, mais est également connu en tant que DJ sous le nom alva noto. Son œuvre Wellenwanne (bassin à vagues) montre son intérêt pour la simplicité et la complexité techniques, pour le son, l’image et l’espace. À partir de trois fréquences, naissent des vagues et des cercles, des structures et motifs éphémères, des images que nous connaissons de notre expérience dans notre environnement et dont la complexité est rendue visible parce qu’elles sont produites artificiellement grâce à des haut-parleurs placés sous le bassin.

L’observation et la perception sont des thèmes récurrents dans le travail d’Edith Dekyndt, par exemple par la forme d’un ballon flottant librement dans l’espace, Major Tom, ou dans la vidéo One Minute of Silence qui font aussi partie de la collection du Frac Alsace. Dans ses dessins, de délicates lignes s’associent à la résistance du papier Chiffon et rappellent des courbes de niveau, des cartes et paysages. Par le pli du papier, un relief se crée dans lequel l’espace du dessin se fond avec l’espace réel.

Le phénomène des Sailing Stones est le thème de la vidéo d’Adrien Missika. Le spectateur ne voit que les empreintes des lourds blocs de pierre, entend le grondement du vent et y associe un mouvement. Le phénomène réel, la mystérieuse « promenade » annuelle des pierres sur un lac asséché au parc national de la Death Valley (USA) n’est pas visible. Au-delà de documentations spectaculaires sur la nature, l’œuvre thématise la temporalité, les limites de l’observation et la relation entre savoir et croyance. Et elle nous invite à rechercher par nous-mêmes des interprétations scientifiques ou bien à réfléchir sur des questions de forces naturelles fictives, bibliques ou réelles.

Felizitas Diering
Directrice du Frac Alsace

 

Exposition Phénomènes
3 février – 27 mai
FRAC Alsace, Sélestat
Plus d’informations sur : www.culture-alsace.org




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