21/03/2019 - 22/04/2019

Pourrions-nous encore sentir le parfum des fleurs exterminées par l’homme ?

L’exposition immersive Resurrecting the Sublime (Ressusciter le sublime), proposée par l’artiste Alexandra Daisy Ginsberg, nous invite à sentir les effluves de deux fleurs éteintes, perdues à cause de l’activité coloniale.
L’Hibiscadelphus wilderianus se trouvait dans les anciens champs de lave du versant sud du mont Haleakala, sur l’île de Maui, à Hawaï, avant que son habitat forestier soit décimé par l’élevage de bovins. Le dernier arbre vivant a été recensé en 1912.
L’Orbexilum stipulatum, lui, a été vu pour la dernière fois en 1881. Il poussait sur l’île de Rock Island, dans la rivière Ohio, près de Louisville (Kentucky) aux États-Unis. Sa disparition fut peut-être accélérée par le déclin des populations de buffles lors de la colonisation du continent, mais c’est la construction du barrage américain numéro 41 dans les années 1920 qui, en submergeant l’îlot, a définitivement tué la plante.

Extraits d’ADN

Dans l’installation immersive, l’odeur de chaque fleur est encapsulée et diffusée dans deux serres. Les fragrances se mélangent : il n’y a pas de parfum exact. Le paysage évanoui se réduit à sa géologie et à son odeur florale ; l’humain est une passerelle entre les deux éléments, et devient, en quelque sorte, le spécimen exposé.

C’est à l’aide d’ADN extrait de spécimens de fleurs éteintes et conservées dans l’herbier de l’université de Harvard, que l’équipe de l’entreprise de biotechnologie Ginkgo Bioworks a synthétisé des séquences de gènes susceptibles de donner naissance à des enzymes produisant des parfums. À partir de ce travail, l’artiste et spécialiste des odeurs Sissel Tolaas a reconstruit les parfums des fleurs dans son laboratoire, en utilisant des molécules d’odeurs identiques ou comparables.
Les biotechnologies nous permettent de remonter le passé et nous donner un aperçu de chaque fleur disparue, mais nous ne pourrons jamais connaître précisément leur parfum : la quantité de chaque molécule odorante a également disparu.
Il ne s’agit pas d’une manière d’inverser l’extinction, mais d’une utilisation des techniques, de l’odorat et de paysages reconstitués numériquement pour révéler l’interaction d’une espèce et d’un lieu qui n’existent plus.

L’homme au sein de la nature

Ressusciter l’odeur de fleurs éteintes afin de pouvoir à nouveau sentir quelque chose que nous avons détruit produit un effet impressionnant, voire terrifiant. Cette sensation vertigineuse évoque le sublime, une « expression de l’inconnaissable », un état esthétique qui encourage une réflexion sur la position de l’homme au sein de l’immensité de la nature.

Resurrecting the Sublime est une injonction à réfléchir à nos actions et à les reconsidérer pour le futur.

Ce nouveau projet ambitieux est le fruit d’une collaboration entre le docteur Christina Agapakis (Ginkgo Bioworks, Inc.), biologiste de synthèse, Alexandra Daisy Ginsberg, artiste, designer, et Sissel Tolaas, artiste peintre et chercheur en odeurs. Souligner la relation déséquilibrée entre les humains et les autres espèces et montrer certains des effets de la colonisation nous permet de revenir temporairement dans un passé où l’impact de l’humain sur son environnement naturel était moins évident.

 

Exposition « Resurrecting the sublime – Humer le passé, ressentir nos actions »
21 mars – 22 avril 2019
Cité du design – bâtiment H nord – 3, rue Javelin Pagnon, 42000 Saint-Étienne
Pour plus d’informations :  https://www.biennale-design.com

Crédit photo : Alexandra Daisy Ginsberg, Resurrecting the Sublime, 2018-2019 © Grace Chuang






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