François Dagognet, 1997, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance, Le Plessis-Robinson, coll. Les Empêcheurs de penser en rond

 

L’abject est ce qui inspire le dégoût la répulsion et, de là, l’idée de séparation et d’éloignement. Dans ce texte inédit, un des plus beaux de François Dagognet, le philosophe propose d’explorer un territoire délaissé : celui des êtres écartés en raison de leur insignifiance ou de leur petitesse à tel point qu’ils rejoignent l’informe, éloignés aussi du fait de leur danger (contamination, pollution) ou bien abandonnés parce que liés à la décomposition et à la mort. Son ambition est de construire ainsi une nouvelle ontologie. Il centre son examen sur le délabré et le déchiqueté (le déchet), sur le sale (ce que la graisse, tenue elle-même pour adhérente et encombrante, a durablement taché), sur le pauvre (le misérable caillou privé de lieu et soumis à toutes les pressions qui l’écrasent) afin de les relever de leur infamie. Sur ce chemin philosophique, il rencontrera les plasticiens qui se sont tournés vers le précaire, ont appris à renoncer aux substrats habituels pour se tourner vers les papiers usés, les emballages perdus, les vêtements effilochés, tout ce qui se délite ou se corrompt. Ils ont appris à fouiller les dépotoirs, les tas de ferraille et les détritus afin d’y trouver les matériaux de leurs œuvres. Il s’agit de rendre compte de la compassion pour le fragile. François Dagognet rencontrera aussi les philosophes grecs, Bacon ou Leibniz qui écrivait :  » Chaque portion de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes et comme un étang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de l’animal, chaque goutte de ses humeurs, est encore un tel jardin ou un tel étang « . Il rencontrera enfin les scientifiques comme Cuvier dont la stratégie  » résurrectionniste  » permet de reconstruire un animal entier à partir d’un détail comme une dent.

230 p.

 

L’auteur : François Dagonet est né à Langres en 1924, dans une famille modeste, Dagognet a un parcours scolaire atypique puisqu’il réussit son certificat d’études primaires mais n’ira pas au lycée. Néanmoins, il suivra une double formation universitaire philosophique et scientifique.
Élève de Georges Canguilhem, il devient agrégé de philosophie en 1949, docteur en médecine en 1958. Il possède des connaissances précises et très éclectiques dans des domaines comme la neuropsychiatrie, la chimie et la géologie et s’est employé à réfléchir en philosophe sur les méthodes à l’œuvre dans ces disciplines.
Il a enseigné la philosophie à l’Université de Lyon III, puis à l’Université Paris I. Ses nombreux ouvrages traitent aussi bien de l’Épistémologie que de l’éthique ou de l’esthétique de l’art contemporain.



RESSOURCE:



A lire aussi :