La Société Française d’Ecologie (SFE) vous propose le regard d’Anne-Caroline Prévot, chercheuse en sciences de la conservation au Muséum National d’Histoire Naturelle, sur la dynamique des représentations de la nature dans nos contrées.

 

Extrait 

Une hypothèse de déconnexion à la nature …

« Nos enfants sont beaucoup moins en contact avec la nature que nos grands-parents » ; « au temps de nos grands-parents, on connaissait beaucoup plus la nature »… Ces adages nous sont familiers, que nous les ayons pensés, formulés ou entendus. Ils ont d’ailleurs été plus ou moins récemment formalisés dans les concepts ou hypothèses scientifiques d’« extinction de l’expérience » (Pyle 2003) ou d’« amnésie environnementale générationnelle » (Kahn 1999) : dans nos sociétés occidentales, nous perdons peu à peu le contact avec notre environnement naturel proche, par nos modes de vie de plus en plus urbains, mais aussi par l’adhésion au paradigme dominant qui considère que le progrès technique permet de nous affranchir du monde naturel. La conséquence prédite de cette déconnexion est que, la nature faisant de moins en moins partie de leur construction identitaire (surtout en tant qu’enfant), nos concitoyens sont de moins en moins en demande de nature, ce qui permet aux politiques et autres décideurs de se sentir de moins en moins concernés. Selon ces hypothèses, nous sommes entrés dans un cercle vicieux qui participe à la crise de la protection de la nature et de l’environnement en général.

Cette hypothèse d’extinction de l’expérience est intellectuellement très attractive. Pour autant, elle n’est pas toujours facile à appréhender de manière concrète, surtout quand on évolue dans un cercle de personnes toutes concernées par la protection de la biodiversité, et donc a priori toutes « connectées » à la nature. C’est pourquoi, avec deux collègues, j’ai voulu tester cette hypothèse de l’extinction de l’expérience dans l’histoire contemporaine des sociétés occidentales, par une approche un peu décalée (Prévot-Julliard et al. 2014).

 

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Article édité par Anne Teyssèdre.

 




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