26/05/2018 - 30/09/2018

Le concept d’impermanence désigne aussi bien le défaut de pérennité que le perpétuel changement. L’état impermanent se manifeste donc sous différentes formes dans notre monde en mutation, en évolution dans le temps. On le découvre aussi bien dans la nature – faune, flore, minéral – que dans notre propre vie. Cinq artistes invité.e.s à la Fondation Fernet-Branca en présentent leur conception.

Léa Barbazanges met en espace des cristaux translucides, brillants, au graphisme étonnant qu’elle choisit avec le plus grand soin. Leur dessin à la fois organique et géométrique caractérisé par une matière ordonnée au niveau de l’atome explique la réflexion particulière de la lumière. Elle travaille aussi le végétal, tel son triptyque «  Magnolia macrophylla – les masques  » où l’on distingue à travers l’aluminium les nervures d’une feuille d’arbre grandeur nature dans ses moindres détails. Les feuilles ont été en outre perforées par des insectes de façon quasi symétrique. Les œuvres de Léa Barbazanges dévoilent ce que la nature nous cache et nous montre la beauté de ces mutations qui participent à notre enchantement et notre propre construction.

Depuis plus de 15 ans, Céline Cléron mène une production artistique dans le champ de l’objet et de la sculpture, réunissant une multiplicité de matériaux et de supports : verre, tissu, cire d’abeille, ballons, fossiles, bois, porcelaine, dessin, photographie, vidéo… Ses oeuvres hybrides sont inspirées par les objets du quotidien et leur force d’évocation, mais également par le passé, l’histoire de l’art et l’archéologie, les encyclopédies, les musées, les mythologies et les cultures anciennes, les sciences. Les objets qui retiennent son attention ont en commun le fruit de phénomènes naturels ou le produit du travail de l’artisan. Elle s’appuie ainsi sur les compétences d’un souffleur de verre, d’une costumière, d’un ébéniste, d’un taxidermiste, d’un apiculteur… Ces « savoirs faire » précis côtoient dans son travail un certain « laisser-faire » qui consiste à convoquer des accidents, des hasards, que les processus techniques engagés vont produire en évoluant. Le hasard et l’accident sont au coeur de sa démarche, ses pièces étant souvent complétées par l’oeuvre de la nature ou de l’animal, figure également très importante dans l’ensemble de son travail. La notion de temps et plus singulièrement de temps arrêté ou suspendu, est également récurrente dans sa démarche.

Depuis plus de 20 ans, les installations, sculptures et objets de Marie Denis se plaisent à détourner les règles et savoir-faire, pour les poétiser. « Ma pratique se nourrit de toutes les stimulations, les impressions vives, irrationnelles et concrètes de la vie, qui sont pour moi comme l’huître fait sa perle : un accident qui produit un enchantement ». Son oeuvre est sculpturale, et « les règnes » de la nature son fil d’Ariane. La prédilection de l’artiste pour l’univers végétal et minéral, et son goût du paradoxe, insufflent deuxième sens et nouvelle vie aux matières. L’artisanat et les objets du quotidien passent aussi par ses métamorphoses : du cuivre tourné aux bois polymorphes. Des savoir-faire croisés avec des pailleurs, osiéristes, ébénistes, coiffeurs, tapissières, métalliers, lui inspirent des idées qui échappent à la seule technique. L’herbier dans la pratique de Marie Denis, prend aussi les formes les plus variées: photographiques, estampés, sculpturaux, minéralisés par les patines, ou saisis entre 2 verres. Autant de recherches qui magnifient et questionnent les facettes végétales. Un univers qui selon elle, kaléidoscope l’idée de nature.

En 2011, Stéphane Guiran rejoint la galerie Alice Pauli après avoir étudié le graphisme et la sculpture monumentale et commence à explorer d’autres médias tels le verre et le cristal, qui prennent rapidement une part prépondérante dans son oeuvre. Le cristal le conduit à des formes plus organiques, largement inspirées par son lien intime avec la nature. Il parcourt le cristal sous différentes expressions contemporaines, en tant que matière recyclée à travers son travail sur le calcin, en tant que pixel ou élément de dessin, ou dans des dialogues avec les cristaux issus de la nature et autres pierres cristallines. Ses dernières créations explorent l’espace par-delà les limites traditionnelles de la sculpture. Ses installations, qui impliquent le public, mixent les matériaux, le son, l’image, la lumière et l’écriture dans une recherche libre autour de l’intériorité et de la place de l’homme au sein de la nature. 

Le travail de Philippe Lepeut se nourrit autant de littérature, de poésie et de cinéma que d’histoire de l’art. La langue, l’installation, la photographie, le son et quelques constructions y ont également trouvé leur place. L’artiste conçoit ses expositions comme des fictions faites d’éclats habituellement appelés « oeuvres ». Ces des pièces détachées déjouant toute chronologie s’assemblent en fiction poétique, montages narratifs dialoguant avec le contexte de l’exposition, commissariat, architecture. Ainsi, chaque exposition est une aventure romanesque où coexistent des éclats pour recomposer un « Ici et Maintenant ». Si les oeuvres possèdent une autonomie, il y a en chacune d’elle une part manquante qui appelle l’autre et l’autre et l’autre en un système agrégatif. Les oeuvres anciennes ou nouvelles appelées au générique de l’exposition se mêlent et s’actualisent en une histoire née de leur rencontre avec le contexte. Ces montages provisoires sont nommés ici « célébration ». Les titres des oeuvres sont importants : Transfert, Image, Oculus, Vivre avec, Reprise, Pinocchio rêvant qu’il chante « Bird of prey » de Jim Morrison et encore l’Expérience de la goutte de poix. Ce sont leurs noms de naissance qui élargissent la narration en un récit plus vaste.

Artistes : Philippe Lepeut, Stéphane Guiran, Marie Denis, Celine Cléron, Léa Barbazanges.

 

Exposition collective « L’impermanence » 
Fondation  Fernet Branca, Saint-Louis
27 Mai – 30 Septembre 2018
Plus d’informations sur :  http://fondationfernet-branca.org




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