02/06/2018 - 02/09/2018

La BPM - Biennale de la Photographie de Mulhouse est un festival transfrontalier dont la volonté est de défendre la photographie contemporaine autour d’un temps fort et fédérateur. Les expositions et installations dans l’espace public se déploient durant l’été dans 12 lieux d’expositions sur 5 communes  : Mulhouse, Hombourg, Chalampé, Hégenheim en France et à Freiburg en Allemagne. Après le succès des précédentes éditions, cette troisième édition réunit, sous la direction artistique d’Anne Immelé, une trentaine de photographes autour de la notion de l’attraction ou des attractions.

L’exposition ZONES présentée à FRABRIKculture à Heigenheim prend pour point de départ le film Stalkerd’Andrei Tarkovski. À l’instar de la Zone du film de Tarkovski ou de la zone de l’explosion nucléaire de Tchernobyl en 1986  - certains lieux revêtent un fort  pouvoir d’attraction, alors même qu’ils sont particulièrement dangereux. L’exposition propose deux duos de photographes pour une partition qui se joue à quatre. Marqués par l’esthétique du cinéma de Tarkovski et sa quête pour transcrire l’invisible, Michel Mazzoni et Ester Vonplon proposent des constellations inédites de photographies investies par le désir de quête de formes et par la puissance de la lumière. Georg Zinsler et Kazuma Obara ont réalisé des séries à partir de la zone irradiée autour de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Leurs images traduisent des zones réelles ou virtuelles, dans une attraction mystérieuse.

Michel Mazzoni développe une photographie «plasticienne» qui remonte aux sources de l’acte photographique, mettant en évidence, tantôt un sujet, tantôt la matérialité de ce sujet dans l’image photographique. Il montre un attachement pour l’archive, les technologies déficientes, les «silences». Explorant la collision, les paysages hostiles et la Zone, Michel Mazzoni crée avec Waveform un nouvel agencement d’images afin de donner l’impression d’être «  pendant  » et «  après  » la chute d’une météorite. Comme dans Stalker, le dépouillement, la mélancolie, les angoisses existentielles et les préoccupations métaphysiques constituent les éléments récurrents. Créant une immersion dans des lieux inconnus, il en ressort quelque chose de l’ordre du conscient (ce que l’on peut voir) et de l’inconscient (ce qui se cache et que l’on peut ressentir). Le cinéma de Tarkovski avec les textes de J.G. Ballard font depuis toujours, parti de ses principales références.

Egalement inspirée par le film Stalker, Ester Vonplon a crée un agencement inédit réunissant de nouvelles images quasi abstraites mais aussi des images extraites de la série Cudesch da Visitas (2006-2007) (« livre d’or » – en romanche).  A l’instar du Stalker - ce passeur qui est à l’écoute de la nature, de l’eau, de la mousse, du bruissement dans les herbes, Ester Vonplon noue un dialogue entre l’humain et la nature à partir de relations invisibles. Les paysages et visages de Cudesch da Visitas sont mis en correspondance avec des expérimentations sur la lumière, la matière et le support photographique, dans un jeu d’apparitions et de disparitions, de proche et de lointain. Comme dans le film Stalker, Ester Vonplon propose une rêverie métaphysique qui tente de s’approcher d’un territoire sacré et impalpable. 

Combinant des photos originales prises par Georg Zinsler lors de visites guidées de Tchernobyl avec des images de films et de jeux vidéo, The Sentinel Script est un mystérieux conte de science-fiction et une métaphore de la frontière de plus en plus nébuleuse existant entre la réalité et le divertissement. Faisant délibérément référence à des œuvres de fiction telles que Stalker-pique nique au bord du chemindes frères Strugatsky ou son adaptation Stalker par Tarkovski, The Sentinel Script plonge le lecteur dans un vortex narratif multicouche : tandis que les images décrivent l’activité des visiteurs à l’intérieur d’une Zone insaisissable, les textes émergent comme des transmissions perturbatrices d’une autre dimension, interférant avec la séquence visuelle et sa lecture. Ce scénario de la sentinelle est à la fois un voyage dystopique et une réflexion sur le réel-virtuel. 

La série Exposure de Kazuma Obara représente 30 années de la vie de Mariia née à Kiev à 100 km au sud de Tchernobyl, cinq mois après la pire catastrophe nucléaire jamais connue, survenue en 1986 sur le site nucléaire de Tchernobyl. Son handicap, causé par une thyroïdite chronique, n’est pas visible aux yeux des autres. Toutes les photos ont été prises sur de vieux films négatifs couleur ukrainiens trouvés dans la ville abandonnée de Pripyat, située à 2 km du site. Les images ont été surexposées entre une et cinq minutes. C’est un processus expérimental qui lors du développement des photos a provoqué des halos et a effacé de nombreux détails sur les images. Le titre Exposure a trois significations : exposer un film photographique à la lumière et révéler un fait inconnu au public, mais aussi le fait d’être exposée aux radiations causées par l’accident nucléaire de Tchernobyl. Tout comme la vie de Mariia est restée dans l’obscurité, le film utilisé par Kazuma Obara pour ce projet a été conservé dans l’obscurité avec des matériaux radioactifs à Pripyat, pendant trente ans.

 

Artistes : Michel Mazzoni, Ester Vonplon, Georg Zinsler, Kazuma Obara.

Commissariat : Anne Immelé

Exposition collective Zones 
2 juin – 2 septembre 2018
FABRIKculture, Hégenheim
Plus d’informations sur : https://www.fabrikculture.net 

Crédit photo : Esther Vonplon, série Cudesch da Visitas, 2006-2007




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