25/11/2016 - 02/12/2016

 

Échos sauvages réunit le travail de quatre artistes français explorant et interrogeant dans leurs pratiques les liens entretenus par l’Homme avec son environnement. Les oeuvres de Valère Costes, Étienne de France, Suzanne Husky et Thomas Moulin présentes dans l’exposition s’attachent plus précisément à analyser et ébranler la dichotomie existante entre le sauvage et le domestique. Alors que la distinction universelle entre nature et culture est de plus en plus remise en question par les chercheurs en sciences sociales, les notions de sauvage et de domestique semblent être présentes dans toutes les sociétés humaines, « les humains ne pouvant s’empêcher d’opérer des distinctions élémentaires dans leur environnement selon qu’il porte ou non les marques de leur présence » (Philippe Descola). Pour autant, celles-ci peuvent prendre des significations bien éloignées dès lors que l’on s’écarte de l’Occident, en tenant compte de la multitude des intentionnalités et des subjectivités du monde.

Qu’elles soient l’expression d’un constat, d’une remise en question ou d’une volonté de brouiller les frontières, les oeuvres d’Échos sauvages sont à prendre comme autant de points de vues, de scénarios possibles permettant de s’interroger sur ces notions : quel rapport entretenons-nous avec le sauvage ? Comment appréhender le sauvage depuis le domestique et inversement ? Par une approche poétique et sensible, ces oeuvres nous interpellent : pouvons nous dépasser notre conditionnement socio-culturel pour repenser cette dichotomie et nous confronter à notre propre conception de la nature ?

 

L’univers de Valère Costes se compose de machines maladroites et de robots aux mouvements improductifs et irréguliers. Ces appareils emprunt d’une ironie subtile se révèlent être des tentatives vaines et poétiques de se rapprocher des phénomènes physiques ou naturels sans jamais réellement y parvenir. Ils interrogent par là même l’idée de la nature et des représentations que l’on s’en fait, notre appréhension et notre compréhension du vivant. Au sein de la pratique de l’artiste, le naturel et l’artificiel se rencontrent et s’entrelacent, venant alors remettre en question l’antagonisme classiquement établi entre les deux notions.
Se confronter au travail de Valère Costes entraîne dès lors une certaine perte des repères face à ces objets à la finalité inattendue et incertaine, ils constituent une expérience déstabilisante qui nous pousse à nous interroger sur le rapport de l’homme à son environnement, en venant l’inverser et donc le renverser.

Étienne de France développe une pratique artistique pluridisciplinaire. Il travaille le paysage comme matière à des narrations qui, souvent, mêlent réalité et fiction. Construites sur le long terme, ses oeuvres sont constituées d’éléments fragmentaires qui sont autant d’indices pour décrypter l’histoire qui nous est contée. Il construit ces indices à partir d’études du terrain, mais aussi en allant puiser dans d’autres disciplines (l’architecture, la science, la sociologie…). Il en résulte une oeuvre à la fois conceptuelle, politique et esthétique.

L’intérêt qu’il nourrit pour le paysage, la géographie, le territoire, transparaît à la fois dans ses sujets (zones géographiques particulières, espaces naturels etc…), que dans le mode d’existence de ses oeuvres (fragmentaires, scénographiées, cartographiées…). En s’intéressant particulièrement aux contre- géographies et aux utopies, Étienne de France envisage sa pratique comme un espace d’expérimentation et de résistance.

La pratique multimédia de Suzanne Husky emprunte aux méthodes de travail des anthropologues et des historiens – avec qui elle collabore parfois pour ses projets – tout en s’enrichissant d’une dimension poétique et d’une visée politique. L’artiste, sous la forme de vidéos, d’installations site-specific, de photographies ou encore de performances, interroge et documente les liens complexes que peuvent entretenir les hommes avec leur environnement. Généralement ancrés en milieu rural, on découvre dans ses travaux des modes de vie alternatifs, des us et coutumes particuliers, des rapports parfois intimes et singuliers à la nature et aux animaux, révélant des pratiques et des savoirs faire à rebours du mode de vie dominant induit par le monde globalisé qui est aujourd’hui le nôtre. C’est en privilégiant le mode de la rencontre avec les sujets qu’elle met en scène dans ses oeuvres, qu’elle parvient à dresser des portraits à la fois intimistes et sensibles de ces personnes ayant tissé un lien fort avec leur environnement. Le travail de Suzanne Husky revêt également d’une forte dimension critique à l’égard des dérives du monde contemporain et notamment dans son usage destructeur des ressources naturelles, ces problématiques se cristallisant selon l’artiste de façon « manifeste en territoire rural ».

Le travail de Thomas Moulin s’attache à opérer un dé­centrement de la vision anthropocentrique du monde afin de remettre en question le rapport de l’Homme à son environnement. Il cherche à révéler la tension ainsi établie en puisant dans les événements de la nature et ses explications scientifiques. C’est au travers de l’utilisa­tion et du détournement des nouvelles technologies de captation et de communication, qu’il en vient à rendre au monde animal la présence et la voix qui lui semblent aujourd’hui faire défaut. Les dispositifs de Thomas Mou­lin entraînent le spectateur dans une situation ambiva­lente, où d’observateur passif, il devient acteur, bien malgré lui, du milieu où il se trouve.
Pour Échos Sauvages Thomas Moulin réalise une instal­lation immersive. Betcherrygah, est une volière directe­ment inspirée de celle du jardin des plantes de Nantes. Par un retournement symbolique, le spectateur est plon­gé dans le biotope de perruches australiennes rame­nées en France durant la colonisation et actuellement présentes au jardin des plantes.

 

Échos Sauvages
Exposition du 25 novembre au 2 décembre 2016.
Atelier Alain Le Bras, 10 rue Malherbe
44000 Nantes.
Renseignements : 06 15 02 12 51.

Ouverture du mercredi au dimanche de 14h à 19h.
Entrée libre.

Plus d’informations sur : www.liledenface.wordpress.com




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