24/05/2018 - 02/06/2018

En 2015, Germain Meulemans et Anaïs Tondeur initient l’enquête Pétrichor, croisant leurs regards artistique et anthropologique autour des sols urbains et de leurs odeurs.

Tout au long des temps modernes, les ingénieurs ont essayé de faire disparaître ces odeurs, pour couper l’humain d’une partie cruciale de son environnement : les sols. En se mettant en quête des odeurs du sol de la ville, ils montrent que la ville fait elle aussi partie de ce que l’on a coutume d’appeler « l’environnement ». Il s’agirait même, depuis 2008, du premier environnement de l’humanité. L’histoire humaine est de plus en plus une histoire urbaine…

Cette enquête débuta à deux, puis fut rapidement prolongée sur d’autres territoires, invitant cette fois des publics divers à participer à l’enquête. C’est ainsi qu’en 2017, Pétrichor s’implante à Montreuil.

Petrichor, l’odeur des terres de Montreuil

Durant six mois, de décembre 2017 à mai 2018, un groupe d’habitants adultes, enfants et adolescents, de jardiniers et de poètes, descendants de ceux qui taillaient les pêchers ici-même, ou tout juste arrivés en France, se sont retrouvés autour des sols de Montreuil.

Avec les artistes, ils ont ensemble creusé à travers les zones de mémoire de la ville et prélevé des fragments de terre chargés des multiples activités qui prirent place à sa surface. Ils ont ainsi collecté des sols le long de douze trajectoires sur une sélection de sites aux histoires diverses, mais toujours significatives des activités et spécificités pédologiques de Montreuil : de son passé viticole (Le terroir du pinard) et maraîchers (Raconte-moi une salade) à l’extraction minière (La fosse des gypses) au parcours de moto cross (Champ-Everts_Pilote) ; des nouveaux aménagements urbains (Lombricity) à l’arboretum du Parc Montreau (Au pieds des géants), des anciens marécages (Haut Marais et Mare à l’âne) aux fabriques de jouets, faïenceries et distilleries (Du plomb dans l’aile), des tanneries et peausseries (Peau de Lapin), à l’industrie cinématographique (Kodak Kodachrome), de l’épandage du raclum parisien (Gadoues de Paris), au traitement des pièces pour l’aéronautique civil et militaire (Bain de chrome).

Chaque déambulation urbaine et collecte de sol fut guidée par un expert poétique, empirique ou scientifique du sol de la ville. Ils ont été accompagnés par les écologues Alan Vergnes et Emanuel Senigout sur les traces de la macrofaune des sols, des lombrics aux renards, par l‘écrivaine et anthropologue Marine Legrand à travers les souvenirs dont les sols gardent trace, par l’historien Eric Lafon sur le passé olfactif et botanique des hauts de Montreuil, par le jardinier Marc Gerll sur les différents états du sol et par Pierre-Luc Vacher sur la politique local de gestion des sols pollués.

Pour continuer, il leur a fallu faire appel aux outils de l’alchimiste. Grâce à un alambic d’hydro-distillation, fonctionnant par entrainement des substances par la vapeur, ils ont extrait l’essence de nos échantillons de terre. Ces distillats de sols firent ensuite l’objet d’une analyse olfactive, et d’une mise en correspondance littéraire, plastique et chromatique, qui leur a permis de former une cartographie olfactive des sols de Montreuil.

Pétrichor est un protocole d’enquête conçu par l’anthropologue Germain Meulemans (Centre Alexandre Koyré) et l’artiste Anaïs Tondeur. Né d’une rencontre entre l’art contemporain, l’anthropologie et l’écologie des sols urbains, l’enquête initiale a été conçue dans le cadre d’une résidence au sein du Laboratoire de la culture durable initiée par COAL et le Domaine de Chamarande en 2015 associant l’écologue Alan Vergne, la géographe Nathalie Blanc, les anthropologues Germain Meulemans et Marine Legrand, la designer Yesenia Thibault et l’artiste Anaïs Tondeur.

Exposition Pétrichor, l’odeur des terres de Montreuil
Anaïs Tondeur et Germain Meulemans
Du 24 mai au 2 juin 2018
Centre d’Art Contemporain Tignous, Montreuil
Plus d’information sur : www.facebook.com
Télécharger le dossier complet ICI

 




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