Depuis plus de vingt ans, l’artiste contemporain américain Mark Dion explore les croisements entre art et science, visions et production de connaissance, collection et modes de présentation. En prenant la place d’un scientifique amateur, d’un collectionneur, d’un historien ou d’un biologiste, Mark Dion porte un regard souvent humoristique mais critique sur les relations entre culture et nature. Mark Dion relance les débats sur l’évolution de l’histoire naturelle, le rôle du scientifique et les (re) présentations de la nature et des systèmes écologiques en science, musée, étalage, zoo et Art. Il relance également les questions sur le rôle de l’artiste (comme interprète, performer, critique) et sur la fonction de l’art (une zone libre de débats critiques, d’exposés ou d’inspection des systèmes de valeur culturel ?). Exposé partout dans le monde, il a notamment participé au programme de l’UNESCO Human/Nature, artists respond et passé un an en résidence au Muséum d’Histoire Naturelle de Londres.

Mark Dion tente de déconstruire les codes visuels et idéologiques qui ont, au cours de l’histoire, formaté notre connaissance et notre expérience de la nature. Plus particulièrement en étudiant sa représentation dans les institutions culturelles et scientifiques, comme par exemple les musées d’Histoires Naturelles, les zoos… Son travail, qui fait explicitement référence aux cabinets de curiosités, et se nourrit de l’histoire des musées, ne porte pas sur la nature mais sur l’idée de nature. L’artiste collecte des objets ordinaires et spécimens du monde vivant pour les organiser en des installations foisonnantes. Par le regroupement d’éléments aussi divers que squelettes, animaux naturalisés et en peluche, végétaux, bocaux étiquetés et livres, il crée des espaces complexes, conçus comme des microcosmes. Ses sculptures et installations tiennent toujours compte de leur environnement géographique et culturel afin de créer des liens à la fois concrets et symboliques entre des situations disparates. De ces objets récupérés dans divers lieux ou par fouilles, Mark Dion crée des mises en scène où le pragmatisme scientifique côtoie une mise en espace aux codes esthétiques contemporains. Ostensiblement grotesques et chargées de références culturelles, ses mises en scène ironiques définissent le cadre de fictions scientifiques.

Exemples d’oeuvres
Pour son projet Tate Thames Dig, Mark Dion, accompagné d’une équipe d’assistants, a fouillé au peigne fin les rives de la Tamise pour y collecter des restes de civilisation humaine soit en l’occurrence nos détritus. Nettoyés, classés selon les techniques scienfitiques de l’archéologie, les résultats des fouilles ont été présentés dans des cabinets à la manière des collections des museums d’histoire naturelle à la Tate Britain. Une archéologie contemporaine qui interroge le caractère ambivalent de nos comportements, à la fois protecteur et destructeur de la nature. (Photo)

A4 Motorway : dans cette oeuvre, il parcourt tout l’autoroute A40 de Londres dans une voiture électrique équipé d’un adhésif tue-mouche sur le toit et des filets à papillons sortant de la fenêtre. Par ce passage simple dans l’air urbain, il collecte les insectes et toutes autres vie en suspension dans l’air. Les échantillons prélevés ont été conservés dans l’alcool et ont été soumis à une analyse d’ADN au Muséum.

Grâce à un séquenceurs génétiques Mar Dion a classifié la matière récupérée et prouvé ainsi la multitude des espèces, dont deux espèces d’insectes qui n’avaient encore jamais été enregistrés en Grande-Bretagne.

 

(c) Kip Evans

Mark Dion



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