Le cinéma: son glamour, son industrie, ses décors, sa magie et ses déchets. Découvrez comment en moins de cinq ans Eva Radke a révolutionné le milieu de l’audiovisuel depuis Brooklyn, New York.

 

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Constat de départ / Un goût de menthe amère

C’est l’histoire d’une pub pour du dentifrice qui doit se faire en plein mois d’hiver 2007 à New York. Le client veut de la menthe bien fraîche pour vanter son produit.

Eva Radke est la chef déco et c’est à elle que revient la magie de trouver hors saison le plant de menthe qui fera bien devant la caméra. Bien entendu la menthe va devoir être envoyée d’un endroit où il fait encore beau. Un avion, des camions réfrigérés seront nécessaires pour acheminer le précieux accessoire sur le lieu du tournage. Le jour J : le client impose finalement la menthe en plastique car à l’écran ‘elle fait plus vraie’. Le cœur d’Eva se brise un peu en deux : d’un côté son bon sens bafoué d’une professionnelle consciencieuse, de l’autre la conviction de devoir changer la donne pour faire évoluer le secteur durablement.

C’est la petite goutte amère nécessaire qui propulse Eva vers sa mission pour réconcilier l’audiovisuel et le développement durable.

Naturellement Eva commence par ce qu’elle connaît le mieux : le département déco. Tant d’objets et d’accessoires sont achetés, trouvés, utilisés pour fournir les décors des tournages que ce soit pour la télé ou le cinéma, la règle est la même : disponible sur le champ et d’une durée de vie allant de quelques jours à une seconde pour finir (presque) toujours à la poubelle.

Et pourtant les décorateurs entre eux se passent le mot: où trouver quoi au meilleur prix et dans les meilleurs conditions : financières, géographiques, matérielles. Souvent d’ailleurs sans qu’il n’y ait aucune obligation que ce soit du neuf.

C’est à partir de son propre réseau qu’Eva commence Art Cube. Le principe est simple : New-York regorge de bons plans et comme souvent les pros ont les bons tuyaux. La solution est simple : un groupe de professionnels en ligne qui s’entraident via un groupe Google. On poste sa recherche on attend qu’un autre pro y réponde et ainsi de suite.

Rapidement la plateforme en ligne prend de l’essor : elle passe de 500 adhérents à 1850 et se multiplie dans 8 villes à travers les États-Unis. Les professionnels se cooptent et permettent aux uns et aux autres de se connecter sans besoin d’une grande modération de la part d’Eva.

 

Naissance d’une solution / Une plateforme en ligne et un entrepôt à Brooklyn

Parallèlement, Eva tente par tous les moyens de valoriser les accessoires déco en temps mais réalise très vite qu’un espace physique de stockage est nécessaire. La solution devient : Film Biz Recycling tout d’abord un espace restreint puis un entrepôt grandissant depuis 5 ans.

Concrètement chaque jour un tournage de plus ou moins grande importance a lieu à New York. Chaque fois qu’un chef déco le peut il organise la livraison des accessoires, costumes et autres mobiliers vers l’entrepôt de Film Biz Recycling.

L’équipe se charge de les trier, de les mettre en état si nécessaire et les proposer à la vente ou à la location. L’entrepôt regorge de trésors et permet à une équipe de 10 permanents et de 6 mi-temps de travailler à la valorisation.

Un autre aspect intéressant de Film Biz Recycling c’est aussi leur ancrage local. La structure est connectée à un vaste réseau associatif comme Material For the Arts qui fournit du matériel aux créatifs depuis plus de 35 ans. FBR permet ainsi à son réseau de bénéficier de matériel auquel ils n’ont pas accès car ils sont éloignés du secteur audiovisuel.

Lors de l’ouragan Sandy en 2012 Film Biz Recycling a mobilisé son équipe et ses ressources matérielles pour fournir les besoins de premières urgences en faisant des dons de vêtements, de linges … pour ceux qui en avait besoin ou via des structures caritatives présentes auprès de populations les plus touchées.

L’année dernière Film Biz Recyling a lancé son ‘Golden dumpster award’ ou le prix de la benne en or pour récompenser les efforts de ses partenaires dans la valorisation, voici une vidéo qui illustre bien leur intention.

 

 

Impact / Du développement durable dans l’industrie du film

Le modèle de Film Biz Recycling est relativement similaire à toutes les innovations sociales dont vous entendez parler: c’est un modèle hybride qui s’appuie à la fois sur des revenus propres issus des ventes du matériel (les accessoires sont vendus au grand public et proviennent exclusivement des productions audiovisuelles de NY) ou de la location vers les pros.

Les autres sources de revenus viennent des dons et des sponsors qui voient dans ce nouvel acteur une réelle perspective de développement.

Typiquement à l’heure où nous avons réalisé l’entretien – en septembre 2013 – Eva venait de recevoir un gros chèque de soutien de la chaîne HBO qui a compris l’intérêt de s’associer au développement de ce partenaire.

D’autres grandes chaînes suivront car aujourd’hui les bonnes pratiques du secteur se structurent. J’en veux pour exemple la naissance d’un nouveau poste sur le lieu de tournage : l’eco-manager.

Le rôle de l’eco-manager est de suivre le tournage dans la durée et d’apporter à chaque étape une solution alternative pour baisser la consommation d’énergie, optimiser l’usage des consommables ou gérer le cycle de vie des déchets produits.

Ce nouveau métier est intrinsèquement lié à la mise en place de solutions alternatives de valorisation comme Film Biz Recycling et incite efficacement les grands acteurs du secteur à faire face aux déchets de façon positive, pro-active et durable. 

 

Le cinéma: son glamour, ses paillettes et ses bonnes pratiques. Et comme chaque bonne histoire il suffit d’une bonne héroïne pour que les autres suivent ! Comme quoi le développement durable ce n’est pas qu’une histoire de plantes vertes !

Par Jeanne Granger, Décembre 2013

 

 


Cinema : glamor, its scenery, its magic and its waste. Learn how in less than five years, Eva Radke has become a game changer in the cinema industry from the heart of Brooklyn, New York.

 

Starting point / A minty bitter taste

This is the story of an ad for toothpaste, which had to be shot in the dead of winter in 2007 in New York. The client wants real fresh mint to boast the product.

Eva Radke is the chief of decoration and she will be responsible for the magic: where to find an off-season mint plant that will do well in front of the camera. Of course, the mint will have to be sent from a place where it is still sunny. An airplane and refrigerated trucks are needed to transport the precious accessory to the filming location . D-Day: The customer finally uses plastic mint because it looks more real. Eva’s heart breaks a little in two: on one side her sense of professional consciousness is shredded. The other side is convinced to make a change in this crazy logic.

It’s that minty bitter taste that propels Eva into a mission to reconcile cinema and sustainable development.

Eva naturally begins with what she knows best : the decor department . As objects and accessories are bought, found, and used to provide sets and locations for TV or film, the rule is the same: they have to be available right away and their lifetime ranges from a few seconds to up to a day only to end (almost) always in the trash.

The genius of decorators is the way they know how to find what they are looking for at the best price and in the best conditions: financial, geographical, physical . Often these props don’t even need to be new, they just have to be ready.

Drawing from her own network, Eva starts Art Cube . The principle is simple : New York is full of tips and who better than the pros themselves to exchange industry tips? The solution is simple: a group of professionals who help each other online via a Google Group. The principle is give and take. Give your questions and good tips and take away exactly the same from fellow pros.

Quickly, the online platform has expanded from 500 to 1,850 members and has multiplied across 8 cities in the United States. Professionals co-opt and allow each other to connect and become members with Eva as a light moderator.

 

 

 

Birth of a solution / An online platform and a warehouse in Brooklyn

Meanwhile, Eva tries by all means to optimize waste reduction in the decorative department and soon realizes that a physical storage space is needed. The solution becomes : Film Biz Recycling.  It began as a small space in Brooklyn that for the last 5 years has become an expanding warehouse.

Every day in New York there are film shoots, whether big or small productions. For each production, a set designer can organize the delivery of props, costumes and other furniture to the Film Biz Recycling warehouse preventing the precious materials from going straight to the dumpster.

The team at FBR is responsible for sorting, repairing if necessary and staging the stuff for sale or lease. The warehouse is full of treasures and allows a team of 10 permanent and 6 part-time employees to work as green heroes.

Another interesting aspect of Film Biz Recycling is their local roots . The structure is connected to a vast network of non-profits like Materials for the Arts, a non-profit that has provided creative professionals with supplies for over 35 years in Queens. FBR gives its network access to materials in the audiovisual sector, stuff they would otherwise never access.

During Hurricane Sandy in 2012, Film Biz Recycling mobilized its team and material resources to provide initial emergency responses by donating clothing, linens, etc. for those in need or via charitable organizations most active towards populations at risk .

Last year, Film Biz Recyling launched its ‘Golden Dumpster Award’, which rewards the efforts of its partners. Here’s a video that illustrates them.

 

Impact / From sustainable to change maker in the film industry

The Film Biz Recycling model is similar to most of the social innovations you hear about : it is a hybrid model based on both their own income from sales of equipment ( accessories are sold to the general public and come exclusively from NY-based audiovisual productions) or are leased to professionals.

Other sources of income are from donations and sponsors who see this new model as a prospect for development. Down the line, the economical impact of waste prevention could be of real value to the film industry.

When we conducted the interview in September 2013, Eva had just received a big check from HBO network to support FBR missions. Like many others, HBO understands the importance of partnering with organizations that lead the way with a real, practical impact on a daily basis.

Other large networks will follow because the best practices of today’s film industry are being structured and promoted both internally and externally. For example, a new position on location: the eco-manager.

The role of the eco-manager is to make sure that during all the steps of film production, there are alternatives used to reduce energy consumption, optimize the use of supplies, as well as manage the life cycle of waste products that are available to crew members.

This new take on business is intrinsically linked to the development of alternative models like Film Biz Recycling and effectively pushes major players in the sector to deal with waste in a positive, pro-active and sustainable way.

 

Cinema : glamor, sequins and good practices . And like every good story the heroine will have more tales to tell ! Sustainable development is not just a story about green plants !

 

By Jeanne Granger, December 2013

 

 

Pour aller plus loin - To go further :

Le site web de FBR : www.filmbizrecycling.org

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Quelque articles sur FBR en anglais : www.examiner.com

Présentation de la conférence du Mouvement des producteurs responsables : www.youtube.com

Ceux qui se penchent sur la question en France : www.ecoprod.com ; www.miaa.fr

Retrouvez cet article en anglais sur www.obliqueecology.com

 

 




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