Comme tout écosystème, la nature en ville est dynamique. Elle s’adapte aux changements climatiques, aux évolutions des espaces disponibles et des différentes interactions que telle ou telle nouvelle espèce peut introduire.
La ville a ceci de particulier que la présence humaine y est permanente, et les espèces qui s’y installent sont donc moins « peureuses » que d’autres. Toutefois ce « caractère » n’est pas forcément inné, il peut être acquis, comme le démontre le renard en passe de devenir une espèce commensale à Londres où il n’est plus rare de le retrouver jusqu’à l’intérieur des maisons glanant ça et là de la nourriture. Avec le temps, la pérennité et la stabilité géographique des villes, de plus en plus d’espèces s’y installent.

Les évolutions écologiques de la ville sont également le fait des changements urbanistiques. Aujourd’hui, les toits végétalisés, les jardins partagés, jusqu’à la production maraîchère en ville, sont de puissants facteurs faisant évoluer sa biodiversité. Par exemple à New York, où les toits sont mis à profit pour créer d’immenses jardins urbains dédiés à une consommation locale, transformation de la ville documentée par le photographe Alex MacLean.

Enfin, les nouvelles technologies qui se déploient en ville font usage de la nature et renforcent sa présence. Par exemple, les techniques biologiques de dépollution des sols, par bactérie ou phytoépuration, les piscines « naturelles » entourées de plantes plutôt que traitées au chlore, ou les anciennes décharges qui deviennent parcs publics, sont autant de dispositifs fonctionnels qui proposent en même temps une dimension récréative et reverdissent l’espace urbain.

L’entretien des espaces verts n’est pas en reste et modifie la présence de la nature en ville, avec la gestion différenciée des talus des voies ferrés ou même l’utilisation de moutons pour leur entretien comme à Issy-les-Moulineaux.

Enfin, la recomposition du paysage urbain des villes en Occident a laissé vacantes de vastes zones périphériques au fur et à mesure que des sites industriels étaient abandonnés. Toutes ces friches urbaines, polluées et souvent longuement laissées aux successions végétales naturelles, servent aujourd’hui de réserve de biodiversité et d’espace de résilience de la nature en ville. De vastes espaces, également propices au développement de la vie culturelle et dont des artistes se sont saisis. Par exemple en Allemagne à Essen, capitale européenne de la culture en 2010, la ville a réhabilité son ancienne mine de charbon, Die Zeche Zollverein, en immense centre culturel tout en préservant ce patrimoine industriel.

Toutefois, ces nouveaux dispositifs modifient l’urbanisme et la perception qu’on peut en avoir. En quelques années, les collectivités ont modifié les critères de leurs politiques d’aménagement du territoire et là où hier elle construisaient une coulée verte pour la promenade du dimanche comme un décor naturel pour notre plaisir esthétique, elle conçoivent aujourd’hui des trames vertes et bleues, à forte valeur écologique, avec en sus des expertises écologiques dont le résultat visuel est très différent. Ce changement de culture de la nature en ville a besoin d’être approprié par ses usagers et la dimension culturelle de ce changement est encore à explorer, avec les artistes pour guides. 

Loïc Fel

Image : Alex McLean, Venice, Italy, 2009




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