Léa Vergine, 2007, Skira

 

Pourquoi les artistes ont utilisé ou utilisent des déchets ? Des déchets englobés, photographiés, déchets « traités », montés en épingle, camouflés ou « corrigés », mais qui ne sont malgré tout que des déchets, c’est-à-dire des objets de poubelle et de décharge. Nous sommes nous-mêmes mis au panier et rejetés par d’autres êtres humains. Nous devons – plus ou moins chaque jour – retrouver, ramasser et rassembler des fragments de nous-mêmes. Quand on regarde les sacs usés d’Alberto Burri ou les détails des cadavres photographiés à la morgue par Andrea Serrano, il nous arrive parfois de nous remémorer la voix de Cathy Barberian où se mêlent partitions pour public averti et « morceaux » populaires, de ré-entendre une composition de Paolo Castaldi, de relire certaines listes de Bohumil Hrabal ou certains frisbees de Giulia Niccolai, de repenser à certaines séquences cinématographiques d’Abel Ferrara ou à certains collages vocaux de Meredith Monk… et, ainsi, de nous rendre compte que la culture de notre siècle abonde en récupérations, en réemplois et en contaminations, en lambeaux, en fragments, en déchets, en « bruits ». Récupérer et conserver les déchets, essayer de les garder, de les faire survivre en les arrachant au vide, au néant, à la dissolution à laquelle ils sont destinés, vouloir laisser une empreinte, une trace, un indice pour ceux qui restent, implique une dimension psychologique qui est aussi politique.

179 p.

 

L’auteur : Lea Vergine est l’auteur de nombreuses publications traitant de l’art contemporain et de ses problématiques ; parmi celles-ci : Il corpo corne linguaggio/Body Art (Le corps comme langage/Body Art), Prearo, 1974 ; L’Arte in gioco (L’Art en jeu), Garzanti, 1988 ; et, en collaboration avec Elisabetta Fermani et Sergio Lambiase, Capri 1905-1940. Frammenti postumi (Capri 1905-1940. Fragments posthumes), Feltrinelli, 1983 ; La Conchiglia, 1993 ; Skira. 2003. Elle a été à l’initiative de différents congrès et rencontres dont : Arte : utopia o regressione ? (Art : utopie ou régression ?), Mazzotta, 1992 et La scena del rischio. Follia e rassicurazione nell’arte di oggi (La scène du risque. Folie et assurance dans l’art d’aujourd’hui), Umberto Allemandi, 1998. En 2001, Skira a publié Schegge (Bribes), une interview de Lea Vergine, par Ester Coen. sur l’art et la critique contemporaine. Elle a organisé également bon nombre d’expositions, dont : L’altra metà dell’avanguardia (L’autre moitié de l’avant-garde), Milan, Palazzo Reale ; Rome, Palazzo delle Esposizioni ; Stockholm, Kulturhuset, 1980-1981 (A cette occasion, une publication en français est parue aux Editions des Femmes, en 1982). Et puis, entre autres, Arte cinetica e programmata (Art cinétique et programmé), Milan, Palazzo Reale, 1983-1984 ; Carol Rama , Milan, Sagrato del Duomo,1985 ; Geometrie dionisiache (Géométries dionysiaques), Milan, Rotonda del-la Besana,1988 ; Quando i rifiuti diventano arte/Trash (Quand les déchets deviennent art/Trash). Musées de Trento et de Rovereto, 1997-1998. Enfin, elle a été co-commissaire de l’exposition Il bello e le bestie (Le beau et les bêtes). Rovereto, MART, 2004-2005. Elle a organisé une exposition sur le thème de l’ombre pour le Musée Palazzo delle Papesse, à Sienne (exposition itinérante au Museo d’Arte Moderna di Nuoro et Compton Verney Art Museum).



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