La Société Française d’Ecologie (SFE) vous propose le regard de Claire Harpet, chercheuse associée en éco-anthropologie au Muséum National d’Histoire Naturelle, sur la relation entre humains et makis bruns à Mayotte.

 

Extrait :

Il y a moins de cinquante ans, l’incroyable diversité du groupe des lémuriens de l’océan Indien commençait tout juste à être découverte par la communauté scientifique. Aujourd’hui, ces primates font partie des animaux les plus emblématiques de cette partie du monde, bien identifiés par le grand public. Leur origine remonte à quelque 45 millions d’années (Eocène moyen), à une époque plus chaude qu’aujourd’hui, avec la dérive probable de radeaux naturels, arrachés aux rives des grands fleuves africains, qui portèrent jusqu’à l’île de Madagascar les ancêtres des 103 espèces actuelles de lémuriens recensées à ce jour (Langrand et Mittermeier, 2012). Toutes vivent exclusivement à Madagascar, sauf deux espèces qui habitent également certaines îles voisines, dans l’archipel des Comores.

L’une d’elles est le Lémur brun ou Maki brun Eulemur fulvus, que l’on trouve sur l’île de Mayotte, territoire départemental français depuis février 2011. A Mayotte, la sous-espèce Eulemur fulvus mayottensis porte le nom vernaculaire d’Akomba, mais est plus communément dénommée Maki par l’ensemble de la population. En tant qu’anthropologue, je me suis intéressée à ce singulier animal dans sa relation avec l’homme à travers les premiers récits historiques, les histoires locales et les entretiens recueillis au cours des quinze dernières années.

Petite île de 376 km² située à 300 km au Nord-Ouest de Madagascar, Mayotte a surgi de l’océan il y a environ huit millions d’années. D’origine volcanique, son histoire géologique appartient à celle de l’archipel des Comores, dont elle constitue l’une des quatre îles. Plaque tournante dans l’océan Indien, l’île a vécu une histoire mouvementée, rythmée par les razzias madécasses (en provenance des côtes de Madagascar), les conquêtes des sultans shiraziens (depuis les côtes d’Afrique), l’esclavage et la colonisation (Allibert 1991 ; Archives Orales, 1998). Les premières traces humaines retrouvées sur l’île remontent au VIIIème siècle de notre ère (Allibert 1989).

À l’histoire des migrations humaines sur Mayotte s’imbrique celle du Maki Eulemur fulvus. La présence de ce primate sur l’île, depuis plus de 1200 ans, s’explique très probablement par l’arrivée de peuplements humains venus de Madagascar, tout comme celle du lémurien Mongoz que l’on trouve sur les îles voisines d’Anjouan et de Mohéli. Les fouilles archéologiques nous permettent d’affirmer que la cohabitation entre hommes et makis à Mayotte remonte à fort longtemps. Les premiers restes fossiles de lémuriens trouvés à Mayotte à ce jour, étaient associés à des poteries et datent du IXème siècle de notre ère (Allibert et Argant, 1989). Ce lien entre l’homme et l’animal à Mayotte a donné lieu à une mythique particulière.

 

Lire le Regard N°48

Article édité par Anne Teyssèdre.

 



RESSOURCE:



A lire aussi :