La ville est un écosystème de qualité. Elle peut servir de refuge à une biodiversité précieuse et fragilisée en campagne, à l’image des abeilles, ou devenir l’habitat d’espèces protégées comme les faucons crécerelles. À Paris par exemple, ce sont plus de 2 000 espèces de plantes sauvages et de champignons, et autant d’espèces animales qui habitent la ville principalement grâce à 3 caractéristiques de la ville : la diversité des habitats qu’elle offre, la moindre présence des prédateurs et des températures plus clémentes.

La nature n’y est pas qu’un passager clandestin, à l’instar des espèces commensales tels les pigeons, cafards et autres animaux qui profitent des écosystèmes humains. La nature assure aussi des fonctions de régulation de « l’écosystème ville » en terme de température, d’humidité, de qualité de l’air, d’épuration des eaux usées etc. C’est par exemple le cas avec des stations d’épuration comme celle de Honfleur qui utilise la phytorestauration (épuration par les plantes) avec trois jardins filtrants différents pour traiter l’eau, les odeurs et les boues.

Enfin, comme tout écosystème, la ville n’est pas imperméable, elle est au contraire connectée à un vaste environnement, aussi vaste que ses besoins. Pensons aux ceintures vertes qui pourvoient de grandes villes en nourriture locale et de saison. Héritage historique pour l’Île-de-France, d’autres villes cherchent activement à développer des zones frontières entre ville/urbanité/espace urbain et nature, des zones de culture, comme Francfort ou Ouagadougou. Pensons aussi aux espaces forestiers ou cultivés qui, à New York et Munich, permettent de bénéficier d’une eau potable non traitée. De même, la vie sauvage ne s’arrête pas aux frontières de la ville. Soit elle y entre, à l’instar de toute la végétation spontanée qui colonise les terrains vagues ou les incursions récurrentes de sangliers à Berlin, Besançon ou Périgueux en 2012 ; soit au contraire elle en sort, comme les perruches à collier redevenues sauvages avec d’importantes populations à Londres, Utrecht ou Cologne, sans compter les Buddleia par exemple, qui ont entrepris d’occuper les espaces libres à partir des jardins des particuliers, le long des routes et des rails, colonisant ainsi les espaces vacants bien au-delà des villes et favorisant une riche biodiversité de papillons, d’où son surnom « d’arbre à papillon ».

Car enfin, la ville structure tous les écosystèmes alentours, comme le nœud gordien des réseaux d’influence humaine sur la nature. En effet, la concentration humaine qui la caractérise, attire à elle une masse colossale d’énergie (avec les extractions, transports et terrains nécessaires), les matières premières de construction et les matières organiques pour nourrir les populations, sans compter le détournement et la concentration d’un grand volume d’eau. En aval, c’est autant d’eau qui en ressort et qu’il faut retraiter, et autant de déchets à valoriser. Ainsi la ville au cœur de son territoire naturel en est le facteur d’influence le plus important.

Loïc Fel

Image : Station d’épuration de la ville de Honfleur, Normandie. Tous droits réservés.

 

 




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