Ce mois-ci Nike lance une application The Making App qui permet de choisir la matière textile la plus vertueuse afin de responsabiliser les createurs avant de passer à l’action !

Qui a eu l’idée?

Nike lance une application dans le cadre de sa politique environnementale appelée The Making App. L’application utilise les données compilées dans un catalogue intitulé Material Sustainability Index (MSI) mis au point par l’entreprise. L’application classifie ainsi les matières textiles et les compare entre elles selon quatre grands critères d’impact environnemental  :

1/ Les conditions d’extraction.

2/ L’émission de gaz à effet de serre.

3/ L’utilisation de produits chimiques lors de leur transformation.

4/ Les déchets solides potentiels issus de leur fabrication.

Nike estime que les matériaux représentent environ 60% de l’impact environnemental du cycle de vie d’une paire de baskets, alors que les processus de fabrication comptent pour environ 25% et le reste est partagé entre le transport, la commercialisation, les bureaux, l’emballage, l’utilisation et l’élimination.

En ciblant la fabrication en amont, Nike vise à diminuer l’impact de ses produits dès l’étape de la conception. Cela s’apparente à une démarche cradle-to-gate c’est a dire l’évaluation de la partie du cycle de vie d’un produit depuis sa création jusqu’au point où il quitte le constructeur. Pas aussi contraignant qu’une approche cradle-to-cradle.

Pourquoi c’est cool?

Il y a quelques temps, une équipe d’employés de Nike a été assignée à un projet spécial: cataloguer des milliers d’éléments trouvés dans la vaste bibliothèque de matériaux de l’entreprise en leur donnant à chacun un score en fonction de leur impact sur l’environnement et leur durabilité dans le temps.

1/ The Making app a été conçue après 7 ans de recherche et compile plus de 75 000 échantillons de matières textiles utilisées dans les produits Nike (chaussures et vêtements). Des matières que l’on retrouve dans toute l’industrie de confection.

2/ L’entreprise a travaillé avec un groupe d’étudiants de la London College of Fashion pour concevoir l’application, et tester avec eux comment présenter plus efficacement les données.

3/ L’application est un outil destiné aux designers de l’entreprise et accessible à tous les designers qui souhaitent faire un choix pertinent au moment de la conception. L’enjeu est d’enrichir la base de données au fur et à mesure. Pour cela une partie du MSI a été soumis à la Sustainable Apparel Coalition (SAC), un groupe international d’entreprises de vêtements et de chaussures. Après avoir chargé un comité indépendant d’examiner la méthodologie de l’équipe Nike, la SAC a rendu l’index disponible en ligne. Il dispose d’un bel outil web pour fouiller dans les données, que vous pouvez trouver ici.

À quoi ça sert ?1/ Pour Nike
C’est une façon d’inscrire le développement durable dans la culture d’entreprise comme une pratique cool et décomplexée. Hannah Jones, vice-présidente du développement durable et de l’innovation chez Nike reconnaît que l’habillement durable ou écologique est souvent stigmatisé car ça pourrait  » compromettre les performances des produits et sans doute augmenter leurs prix. Alors nous avons dit à notre équipe de conception de créer sans aucun compromis sur la performance. Cela a permis de créer un tout nouveau paradigme au sein de la communauté des designers chez Nike. Dès qu’ils ont commencé à concevoir avec cette contrainte en tête, ils ont pu innover sur les performances des produits« 2/ Pour les designers
C’est une façon de pouvoir prendre des décisions réfléchies mais c’est aussi un outil que l’on peut partager, à la fois pédagogique, ludique et esthétique. Est-ce que ça va marcher?
«Les concepteurs sont le début de tout et si nous pouvons éduquer le concepteur à faire de meilleurs choix, ils peuvent alors devenir des agents de changement pour l’ensemble de l’industrie», dit Hannah Jones. Ce n’est pas tant la matière qui est responsable que le concepteur qui sait comment l’utiliser ou comment s’en passer.3/ Pour l’industrie
L’application est certes conçue comme une aide à la décision mais elle donne surout un aperçu d’un problème plus large concernant la rareté des ressources à laquelle fait face l’industrie de la mode. « Tout cela fait partie d’une stratégie unique pour changer la palette des matériaux dans le monde», dit Jones.  Avec un outil ouvert et participatif, le message est clair : il va falloir entrer dans une ère du partage et de la collaboration pour continuer à innover, être performant et faire des produits pertinents !

Comment ça marche ?

Voir la vidéo

Prochaine étape
L’application devrait être intégrée dans les cours de conception de six établissements à travers l’Europe et ainsi permettre d’élargir les fonctions de l’outil.

Et pourquoi pas imaginer que les écoles deviennent les laboratoires où se partagent une sorte de wikipedia des matériaux avec des critères d’évaluation environnementale à toutes les étapes : conception / réalisation / fabrication / distribution / consommation / valorisation.

Nike c’est 38 000 salariés dans le monde, des revenus de plus de 24 milliards de dollars et aux derniers jeux olympiques de Londres 58 médaillés portaient des vêtements ou des chaussures de la marque. Certes Nike n’est pas exemplaire en tout point : c’est l’un des premiers a avoir été montré du doigt pour leur sweatshop dont Naomi Klein parle bien. Mais vu la taille du groupe, s’ils proposent une voie d’amélioration on peut gager qu’elle puisse lancer la course à l’innovation !

Sources :
Site de Nike www.nikeresponsibility.com
Le site de l’indice www.msi.apparelcoalition.org
L’article sur l’app www.wired.com
L’article sur le lancement www.theguardian.com

Par Jeanne Granger, Juillet 2013



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